Adolescent prodige, Richard Gasquet a vécu une rare exposition médiatique. Devenu professionnel, le jeune homme veut se montrer humble et patient. Un contraste qui est apparu parfaitement au révélateur de la Coupe Davis. En attendant ses futurs succès, il va redevenir N.2 français.
Le fil rouge de l'ascension de Richard Gasquet a-t-il été tendu par Guy Forget ? Comme les Parques antiques, le capitaine de l'équipe de France de Coupe Davis, semble connaître le destin de son joueur par coeur. Il y a quatre ans déjà, Forget annonçait qu'un jour, Gasquet, qui n'était encore qu'un amateur, serait leader de l'équipe. Afin de mieux réaliser lui-même la prédiction, le successeur de Yannick Noah avait titularisé le Biterrois pour la première fois contre la Russie en 2005. Richard était numéro 1 tricolore.
Après les quarts de finale de l'édition 2006, Forget explique qu' il "manque encore un an ou deux" pour que Gasquet puisse exprimer tout son potentiel. A la lumière de ses parcours en Coupe Davis, on ne peut que lui donner raison.
Petit Hercule deviendra grand
Sous pression depuis l'adolescence, tant son talent est reconnu de tous, le fils de Francis Gasquet a souvent peur de mal faire. Avant d'aborder le monde des pros, le petit génie s'amuse avec la balle. Au moment de dresser un plan de carrière, l'insouciance devient un obstacle. La gestion du stress imposé par l'environnement propre au tennis de haut niveau ne s'apprend pas du jour au lendemain. Certains passent outre, telles les fortes têtes à la Rafael Nadal, ou il y a plus longtemps Boris Becker, mais d'autres doivent s'adapter en douceur.
Appelé contre la Russie en juillet 2005, Richard Gasquet gagne son premier match de Coupe Davis en trois sets face à Igor Andreev. Il vit l'événement comme une initiation. Tétanisé lors de la dernière manche, il s'y épuise nerveusement et perd, sans influx, deux jours plus tard un match décisif face à Nikolay Davydenko (quatre sets).
Grandir dans la grande famille de la Coupe Davis
Au premier tour de l'édition 2006, il remporte une des victoires les plus importantes de sa carrière face Tommy Haas. En Allemagne, la France débarque au premier tour en tant qu'outsider. Une situation qui convient parfaitement au jeune N.1 tricolore. Forget observe, paternaliste et admiratif à la fois sa victoire en cinq sets : "Pendant le match, il me parlait des difficultés qu'il rencontrait. Et je lui disais : « C'est ça la Coupe Davis. » Et intérieurement, je me disais : « Tu es en train de devenir un homme, un champion, de faire tes classes à vitesse grand V. » Gagner ce match là, ça prouve de quelle trempe il est fait." Gasquet a en effet grandi ce jour-là, comme l'année dernière après sa victoire sur Roger Federer, mais avec le sentiment du travail accompli pour l'équipe.
"Lui qui était parfois, par le passé, défaitiste quand il était fatigué ou lorsqu'il ne jouait pas bien. Aujourd'hui, il a puisé au fond de lui-même pour gagner ce match là. Et ça, bien sûr, je l'attribue à ces potes dans les tribunes, au fait d'avoir tout un staff dans les tribunes qui l'a préparé pendant dix jours ", réagissait encore le capitaine.
Savoir enchaîner les grands matches
A Pau, un mois et demi plus tard, les "potes" sont là, la préparation a été bonne, mais il a manqué encore une petite dose de confiance en soi et une meilleure gestion mentale de l'événement.
Face à un Marat Safin impérial au service, Richard joue le feu et tente des points gagnants herculéens en coup droit comme en revers et en rivalisant avec le Russe au service. Cela passe souvent, mais le match lui échappe. Deux jours plus tard, il revient une fois de plus un peu trop usé nerveusement pour imposer son jeu face à Dmitry Tursunov. Comme en Grand Chelem, le protégé d'Eric Deblicker n'arrive pas encore à assumer la répétition des matches de grande intensité, en termes de tennis et d'enjeu sportif.
"Je crois qu'il a appris des choses aujourd'hui", confirme Forget après sa défaite face à Tursunov. Il a eu des doutes sur ses capacités physiques. Aujourd'hui, elles sont bien meilleures que ce qu'il imagine. Souvent, il fait un petit blocage mental sur ce qu'il peut donner. Il a parfois peur de ne pas être à la hauteur. Ce week-end, ces défaites, c'est un petit progrès pour lui."
"En permanence, je lui disais : « Tu peux tenir, tu peux tenir encore. » J'ai l'impression qu'il a joué le premier set en se disant : « Il faut que je gère mon état physique, parce que, si c'est en cinq sets, cela va être difficile. » Il l'a perdu en jouant très moyennement. Il a pu rebondir et disputer cinq sets. S'il avait fait un premier set avec une bien meilleure attitude, les choses auraient pu être différentes à l'arrivée. On n'aurait pas battu les Russes pour autant. Mais cela a été pour lui quelque chose d'assez positif. Maintenant, je suis très optimiste pour l'avenir de Richard dans les mois, mais surtout les années à venir. »
En attendant, Richard devra se faire une raison et rentrer dans le rang. Numéro un dans l'héexagone depuis le 20 juin 2005, il ne le sera plus lundi prochain, pour le début de la 100e édition du Masters Series de Monte-Carlo.Celle-ci se disputant une semaine plus tard qu'en 2005, les 240 points remportés par Gasquet (demi-finaliste) s'évanouiront. Il devrait descendre aux alentours de la 28e place, soit derrière Sébastien Grosjean.
A SAVOIR :
Blessé lors de la rencontre de Coupe Davis France – Russie, disputée le week-end dernier à Pau, et après examen du docteur Bernard Montalvan (Médecin de l'équipe de France de Coupe Davis), Richard Gasquet présente une blessure aux abdominaux.
Il est au repos pendant dix jours. Il repassera une échographie de contrôle le 19 avril 2006. La reprise de son activité sera décidée après cet examen échographique.